Innovation

La parole aux Ambassadeurs d’AKTANTIS | Qinomic accélère le retrofit utilitaire : de l’innovation à l’industrialisation

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Aktantis

Leader français du retrofit pour le véhicule utilitaire léger, Qinomic franchit un cap décisif : l’homologation de plusieurs plateformes de véhicules, le passage à l’échelle industrielle, et les premières livraisons de véhicules rétrofités. Le point avec Frédéric Strady, Directeur Général de Qinomic. 

Pouvez-vous nous présenter Qinomic et expliquer ce qui fait aujourd’hui son dynamisme ?

Frédéric Strady : Créée en 2021, Qinomic est une entreprise de 50 collaborateurs spécialisée dans la mobilité durable et innovante. Pourquoi durable ? Parce que nous avons structuré notre activité autour de verticales 0 émission (chaine de traction électrique, pile à combustible, combustion hydrogène) qui constituent un ensemble de solutions de décarbonation.

En parallèle, nous vivons une révolution d’usage, technologique et règlementaire. La Commission Européenne a décidé de la fin du moteur thermique. Même si son calendrier évolue, cette bascule est inéluctable.

Dans ce contexte, nous avons choisi d’investir un segment en forte émergence : le retrofit, qui permet de changer la chaine de traction thermique en électrique ou hydrogène sans dépendre du constructeur d’origine.

Grâce à notre technologie QI-BRAIN*, nous recréons le réseau neuronale du véhicule pour offrir de nouvelles performances : motricité augmentée, maintenance prédictive, autonomie accrue, adaptation en fonction des changements d’usage… Cette optimisation « sur mesure » répond à des besoins des clients que la production automobile de masse ne peut pas adresser.

Qinomic entre en phase d’industrialisation. Quels sont les passages obligés pour transformer une innovation en production à grande échelle ? Quels défis une startup doit-elle relever pour changer d’échelle ?

Frédéric Strady : Le temps d’industrialisation est aussi long que le temps d’ingénierie d’autant qu’il n’intervient qu’à l’aboutissement du processus. En amont, nous avons dû lever deux verrous majeurs.

  • Le premier est technologique : adapter un véhicule existant exige un travail d’ingénierie, que nous avons mené grâce à des solutions en électronique et IA.
  • Le second est réglementaire : l’homologation implique des tests exigeants – compatibilité électromagnétique, résistance, performances énergétiques, conformité aux standards…

Nous sommes ensuite entré en phase d’industrialisation, en nous appuyant sur l’expertise de Gruau, un partenaire (re) connu dans la conversion de véhicule. Nous restons propriétaires de notre ligne d’assemblage, nous disposons de notre directeur industriel et nous appliquons le process de fabrication que nous avons établi.

Pour finir, notre réussite passe par la structuration commerciale et la capacité à convaincre le marché.

Parlons-en ! Qinomic réalise ses premières livraisons clients. Quels sont les retours ?

Frédéric Strady : Nous sommes entrés en phase commerciale au printemps 2025, puis en production durant l’été. En 6 mois de commercialisation, nous avons mis à la route une cinquantaine de véhicules pour de grands comptes : la Poste, Enedis, NGE (…) mais aussi des artisans (3C Cuisines…) ou des agglomérations (les villes de Laval, Nice…). Les retours sont très positifs. Le retrofit s’impose comme une solution de décarbonation complémentaire à l’achat de véhicules neufs, économique et vertueuse pour la planète. Concrètement, nous « endormons » un véhicule thermique et nous le « réveillons » en «électrique » tout en recyclant les pièces du thermique. Le coût final représente environ la moitié du prix catalogue d’un véhicule neuf.

La tendance est bonne : plusieurs clients livrés ont déjà renouvelé leur engagement pour 2026.

L’homologation est un jalon stratégique et exigeant. Quels véhicules sont homologués ? Qu’implique concrètement cette étape pour votre développement ? Peut-on le rapprocher d’une certification de type ISO ? Quelle complexité en interne et dans le temps ?

Frédéric Strady : En 2025, nous avons homologué une plateforme de véhicules utilitaires légers de Stellantis, déclinée sous 5 marques différentes : Peugeot, Citroen, Opel, Fiat, Vauxhall + l’un des modèles de Toyota.

En 2026, nous avons continué avec une nouvelle plateforme de véhicules utilitaires, issue de l’écosystème Renault : le Renault Traffic et le Nissan NV300.

L’homologation est un processus long et structurant. Elle implique des validations techniques, des rapports d’essais, une documentation exhaustive et une collaboration étroite avec les constructeurs. Le cycle complet s’étend sur plusieurs mois et constitue une barrière à l’entrée élevée. Sur le marché du retrofit utilitaire léger, la concurrence reste limitée en France. Notre ambition est désormais européenne.

D’un point de vue personnnel, pourquoi avoir choisi la voie du retrofit ?

Frédéric Strady : A la base, j’ai travaillé pendant 30 ans dans l’automobile, d’abord comme ingénieur motoriste chez PSA puis chez Porsche. J’ai développé les premiers systèmes de dépollution, les premiers véhicules électriques… Je suis un enfant de la dépollution !

En observant le monde qui change, une question s’est imposée : comment accélérer concrètement la bascule des véhicules thermiques vers l’électrique ?

Le retrofit est une alternative au véhicule électrique neuf et permet d’accélérer cette transition énergétique ! On peut convertir rapidement un parc thermique encore très majoritaire, notamment dans l’utilitaire léger, où le diesel domine, en solution zéro émission. C’est un vrai atout… Bientôt le thermique n’aura plus rien à raconter : les questions d’autonomie et de temps de recharge pour l’électrique ne seront plus un obstacle ! L’idée fait déjà son chemin, la technologie aussi… C’est une question d’adaptation ! Les enjeux désormais ? Il faut accompagner l’adoption de l’électrique, offrir une meilleure connaissance du retrofit et former les citoyens aux nouveaux usages. En fonction du trajet, de votre profil d’utilisation, on ne consomme pas de la même manière. L’usage de l’électrique s’accompagne de changement de comportement au volant !

Avec le recul, quels conseils donneriez-vous à une startup qui s’engage sur le chemin de l’industrialisation ?

Frédéric Strady : Trois conditions sont déterminantes. Il faut pouvoir s’appuyer sur des partenaires industriels solides, disposer de ressources financières adaptées à des cycles longs et réunir une équipe experte.

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