Créé en 2021, Firecell déploie des réseaux privés 5G pour les acteurs industriels. Son cœur de métier ? Connecter les hommes et les équipements (machines, robots, capteurs, véhicules ou encore terminaux) afin d’accélérer leur digitalisation et d’améliorer leur efficacité opérationnelle. Récemment, Firecell a franchi une nouvelle étape grâce à sa fusion avec Accelleran et une levée de fonds de 7,9 millions d’euros. Décryptage avec Olivier Dhotel, CRO de Firecell.
Comment s’inscrit Firecell dans le développement de la 5G privée ?
Olivier Dhotel : A partir de 2020, les régulateurs télécoms des pays industrialisés ont ouvert certaines fréquences jusque-là réservées aux opérateurs. Ces fréquences ont pu ainsi être attribuées ou louées à des entreprises privées ou à des administrations pour leurs propres besoins opérationnels. Firecell est né de cette « révolution » avec l’objectif de permettre aux entreprises industrielles de toute taille d’adopter la 5G pour accélérer leur transformation numérique.
Quels sont les enjeux autour de la 5G privée ?
Olivier Dhotel : Concrètement, la 5G privée permet de créer des réseaux locaux, limités à un site spécifique (entrepôt, usine, aéroport…) pour répondre à 3 enjeux opérationnels :
- Connecter les collaborateurs, entre eux et à leurs applications métiers, pour fluidifier les opérations sur le terrain,
- Connecter les robots afin d’assurer leur pilotage en temps réel,
- Connecter les machines et équipements, pour rendre les sites industriels plus agiles et plus performants.
La 5G privée comble les limites des réseaux publics, souvent indisponibles sur certains sites ou incapables de garantir les niveaux de performance et de sécurité exigés par les industriels.
D’autre part, elle dépasse les contraintes du Wi-Fi, qui atteint rapidement ses limites dans des environnements complexes (zones extérieures, personnes / objets en mouvement…)
Dans ce contexte, pourquoi avez-vous choisi de fusionner avec Accelleran ?
Olivier Dhotel : Cette alliance est à la fois technologique et commerciale. Elle nous permet de poser les bases d’un véritable champion européen de la 5G privée.
A l’origine, nous étions convaincus que pour répondre aux attentes du marché, il fallait proposer une solution de bout-en-bout. Concrètement, cela signifie maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur : le cœur de réseau, le RAN (Réseau d’Accès Radio), les interfaces de supervision… Nous intégrions déjà ces briques dans des équipements hardware pour offrir une solution clé en main à nos partenaires et à nos clients.
C’est précisément là qu’Accelleran intervient avec son expertise très pointue sur le RAN. Leur avance technologique est significative : leur infrastructure technologique permet d’atteindre des niveaux de performance nettement supérieurs. Cette fusion nous fait gagner entre un et deux ans sur notre roadmap de développement.
Autre atout clé : leur positionnement sur l’Open RAN. Dans un contexte où les réseaux télécoms se virtualisent de plus en plus, Accelleran s’est interfacé avec une quinzaine de fabricants de radios. Résultat : une capacité unique à adresser toutes les bandes de fréquences, partout dans le monde, y compris sur des secteurs exigeants. Un avantage décisif pour cibler des clients en Europe, aux États-Unis ou en Asie !
Accelleran utilise aussi l’intelligence artificielle pour piloter plus efficacement les réseaux. A travers leur modules RIC (RAN Intelligent Controller), on peut développer des applications IA spécifiques pour optimiser le réseau en fonction des besoins (distribution intelligente pour éviter les congestions de réseau, optimisation énergétique selon l’usage réel, cybersécurité pour la détection/l’isolement de comportements anormaux…)
Avec une équipe d’une quarantaine de personnes et une solution désormais beaucoup plus mature, nous sommes en mesure de concurrencer les grands équipementiers et de proposer une vraie alternative à nos partenaires et intégrateurs.
Firecell portait déjà cette promesse de solution complète. Aujourd’hui, nous la concrétisons pleinement.
Cette fusion s’est accompagnée d’une levée de fonds. Comment s’est-elle déroulée ?
Olivier Dhotel : La levée de fonds s’est faite de manière concomitante à la fusion.
Les premières discussions avec Accelleran ont débuté entre fin juillet et début août 2025. Très rapidement, nous avons trouvé un alignement, d’abord entre les équipes de management, puis avec nos actionnaires respectifs.
Il y avait une conviction partagée : cette fusion représentait la meilleure trajectoire pour nos deux entreprises. L’objectif était clair : intégrer à la fois les produits et les équipes pour créer plus de valeur ensemble que la simple addition de nos revenus. Autrement dit : faire en sorte que 1+1 =3 !
Dans ce contexte, la levée de fonds était indispensable. Et la fusion a joué un rôle d’accélérateur très fort : elle nous a permis de lever davantage que ce que nous aurions pu envisager seuls.
Quelles sont désormais vos priorités ?
Olivier Dhotel : C’est d’abord l’intégration des équipes. Les équipes commerciales et produits travaillent déjà ensemble à la définition d’une roadmap unifiée. L’objectif est clair : décider ce que l’on poursuit, ce que l’on priorise et, le cas échéant, ce que l’on arrête.
En parallèle, nous construisons une stratégie commerciale commune, en capitalisant sur la connaissance et les réseaux de partenaires des deux entreprises et nous harmonisons nos modes de fonctionnement.
A partir de maintenant, nous allons consolider notre position en Europe, puis accélérer le développement sur le marché américain.
Qu’est-ce qui vous a convaincu de franchir le cap ?
Olivier Dhotel : Le timing a joué un rôle clé. Le scénario de la fusion permettait de réduire un certain nombre de risques tout en nous donnant plus de force collectivement. Au-delà de la complémentarité, cette opération nous apporte de la visibilité et de la crédibilité. Elle marque aussi un changement de dimension : nous passons d’une logique très orientée “new business” à une approche plus structurée, avec des deals plus importants.
Quels conseils donneriez-vous à une entreprise qui souhaite se lancer dans une opération de fusion ?
Olivier Dhotel : Une fusion doit avant tout répondre à une logique de création de valeur. La bonne question à se poser est : est-ce que l’on peut construire ensemble une offre plus forte, capable d’adresser un marché plus large ou de renforcer notre positionnement ? Car il faut aussi être lucide : une fusion reste une opération lourde et coûteuse qui mobilise des ressources importantes, notamment en conseil et en accompagnement juridique. C’est donc une décision stratégique qui doit être mûrement réfléchie.